Anglemonde Observatoire de l'anglais

L'Anglais global, Trump et le Brexit

Réflexion intéressante sur les liens entre l’anglais global et l’émergence des populismes :

“Global policy-makers have been busy talking to each other in global English, without really talking to the people under global governance. They have effectively only been speaking to one part of the nation – those who speak global English. And insofar as they speak to the other part of the nation, it has been through these global English-speaking intermediaries. ” Andropov’s ghost: language and society under global governance – Ballots & Bullets | School of Politics & International Relations, University of Nottingham

Brexit et Trump

À priori, il n’y a rien là qui explique Trump et le Brexit. Comment est-ce que le triomphe de l’anglais global pourrait expliquer la xénophobie et le protectionnisme dans les pays anglo-saxons ?

Peut-être parce que, contre-intuitivement, les Anglos sont les plus grandes victimes de l’anglais.

Comme on peut le voir à Calais, l’anglais attire irrésistiblement les migrants vers l’Angleterre plutôt que vers les autres pays d’Europe.

“With more flexible labour regulation, and employers generally less parochial than on the continent – as well as the huge appeal of being an offshore global English gateway – Britain was ideally placed to attract the brightest and the best of the continent into its booming commercial, financial, media, high tech, educational and creative sectors.” EUROPP – The UK has been one of the main beneficiaries from free movement of labour in the EU

Aux USA, les travailleurs industriels sans emploi craignent les migrants mexicains, mais dans les faits ce sont surtout les diplômés ultra-qualifiés et anglicisées qui arrivent des universités du monde entier qui sont en train de leur ravir les emplois de qualité.

C’est démontré que dans un contexte interculturel, les Anglos sont ceux qui ont le plus de difficulté à comprendre et être compris. Donald Trump a gagné son élection en parlant à ses électeurs avec un vocabulaire de préadolescent, très différent de l’anglais global technocratique des élites cosmopolites desquels l’Américain moyen se sent aussi aliéné que n’importe quel paisano mexicain.

“The Two Nations divide has become a global phenomenon, where globalisation and global governance since the end of the Cold War have fostered cosmopolitan elites, less embedded in their national societies.” Andropov’s ghost: language and society under global governance – Ballots & Bullets | School of Politics & International Relations, University of Nottingham

Le mot anglais de l'année: Post-Fact

Le dictionnaire Oxford a choisi "post-fact" comme son mot anglais de l'année.

"Post-fact, selon les linguistes de l'Oxford, est un adjectif

"... relatif à, ou dénotant des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence que les émotions ou les croyances personnelles sur l'opinion publique." Word of the Year 2016 is... | Oxford Dictionaries

Bon choix. Tout à fait à-propos.

Mais dans le fond, l'Oxford ne fait que copier le Globe Language Monitor qui avait choisi "Donald J. Trump" comme nom de l'année... dernière.

English Proficiency Index : du crystal meth pour internet

Pour une sixième année consécutive la multinationale de l’enseignement des langues Education First AG publie l’English Proficiency Index, dans lequel elle propose de classer les pays du monde selon leur compétence en anglais.

Les Néerlandais ont gagné. La Belgique a battu la France. Les Iraquiens avaient d’autres chats à fouetter.

Le très populaire index va être abondamment cité toute l’année dans les débats sur Facebook comme dans les médias de référence. Il sera redécouvert à tous les jours par quelqu’un sur Twitter qui le citera pour démontrer que l’anglais rend riche, voire qu’il permet de vivre plus vieux (authentique…).

Malheureusement, peu de gens s’intéresseront à la méthodologie de l’index douteux.

Méthodologie

Le classement de l’EPI a été comptabilisé à partir des résultats de 950 000 personnes qui ont passé l’un des trois tests offerts en ligne par Education First. Les candidats ont choisi par eux-mêmes de passer le test, pour le fun ou pour s’inscrire à un cours d’anglais. L’échantillon est gros, mais il n’a été pondéré d’aucune façon pour être représentatif de la population des pays en question.

EF ne s’en cache même pas :

“Nous avons conscience du fait que la population ayant passé les tests et représentée dans cet indice découle d’une autosélection et ne présente aucune garantie quant à la représentativité de l’ensemble du pays.” English Proficiency Index 2016

On ne sait pas combien de personnes ont pris le test dans chaque marché. On ne connait pas leur âge, leur niveau de scolarité, ou leur occupation. Tout ce qu’on sait, c’est que ce sont des gens qui ont choisi volontairement de consacrer 30 minutes à un test d’anglais en ligne sur le site d’une école de langues.

Est-ce qu’il faut s’étonner que les résultats démontrent qu’il y a une corrélation entre l’anglais et l’accès à internet et l’accès au travail et à l’éducation?

Comme le remarque Isabela Villas Boas dans l’un des beaucoup trop rares textes a remettre en question la validité des résultats de l’English Proficiency Index, la prétention que l’EFSET est un test d’anglais standardisé du même calibre que le TEOFL, l’IELTS et le test Cambrige est sans fondement :

“It suggests that the EFSET is comparable to well-known exams such as the TOEFL, TOEIC, Cambridge, and IELTS exams, with the advantage of being free of charge. There is no information about whether it was validated against these exams or about its content and construct validity.” Some thoughts about the English Proficiency Index | Richmond Share

Anglais Magique

L’English Proficiency Index est un rapport sur les résultats de tests d’anglais offerts gratuitement en ligne par une école d’anglais.

Les intérêts financiers d’EF n’invalident pas à priori les résultats de l’index. Quand une compagnie a un bon produit, pourquoi ne pas partager les résultats? Mais c’est dans cette perspective qu’il faut évaluer les conclusions des auteurs du rapport sur l’index quand ils prétendent déceler une corrélation entre un anglais compétent et les salaires, la recherche et le développement, l’investissement étranger et l’accès à internet.

“Depuis l’alphabétisation, aucune autre compétence n’a détenu un tel potentiel d’amélioration de l’efficacité et de la productivité financière des populations.” English Proficiency Index 2016

Le British Council, Pearsons et les autres conglomérats de l’éducation et de l’enseignement de l’anglais font exactement la même chose. Eux aussi ont intérêt à nous convaincre qu’il n’y a pas d’avenir sans anglais.

Mais contrairement aux autres tests d’anglais standardisés comme le TOESL et l’IELTS, qui sont très dispendieux, le test d’EF, l’Education First Standard English Test (EFSET), est absolument gratuit. C’est parce que l’EFSET et English Proficiency Index sont moins des produits que des accroches. Du clickbait. Un classement, de la rivalité patriotique et des infographies toutes faites – le crack, la coke et le crystal meth d’internet – pour attirer les clients sur le site d’EF, qui est dans la business de vendre de l’anglais.

La Californie rejette l'école English-only

La Californie va éliminer une loi qui impose l’anglais comme seule et unique langue d’enseignement dans les écoles publiques de l’état.

Le soir même de l'élection d'un candidat présidentiel qui a promis de construire un mur entre l’état et le Mexique, près du trois quarts des électeurs de la Californie ont choisi de revenir sur une décision de 1998 qui obligeait les écoles publiques à donner tous leurs cours en anglais.

La Proposition 58, qui autorise le développement de programmes bilingues accessibles à tous les enfants, peu importe leur langue maternelle, a reçu l’appui de 72,4 % des électeurs de la Californie.

Les programmes bilingues conserveront l’obligation d'enseigner l’anglais de façon “rapide et efficace” à tous les enfants.

Les opposants à la Proposition 58 prétendent que l’éducation bilingue est une demande de la classe moyenne anglophone qui, dans les faits, va retarder l’intégration des minorités linguistiques, notamment des enfants hispaniques.

Quarante-trois pour cent des Californiens ne parlent pas anglais à la maison. Les Latinos représentent 38,8 % de la population de l’état.

Soixante et un pour cent des électeurs de la Californie ont voté pour Hillary Clinton.

Paris aux touristes : please don't go!

 

Pour convaincre les touristes de revenir dans la ville qu'ils boudent depuis les attentats du Bataclan et du Stade de France en novembre 2015, la région de l'île-de-France va augmenter l'affichage '“en langues étrangères” dans les rues de Paris et donner des cours d'anglais aux chauffeurs d'autobus et au serveurs de café.

Dans une entrevue au Journal du Dimanche, la présidente du conseil régional Valérie Pécresse a présenté les grandes lignes de son plan de sauvetage de l'industrie touristique de Paris : 1000 stagiaires qui savent parler anglais autour des principaux monuments, des commissariats mobiles, une CityPass de transport en commun, un site web bilingue Welcome to Paris Region (qui sera éventuellement traduit en 10 langues) et des cours d'anglais pour tous ceux qui pourrait être en contact avec des étrangers.

Dès 2017, les chauffeurs de bus et de taxi, le personnel des musées, hôtels et restaurants de Paris recevront - ou auront accès, ce n'est pas clair si les formations seront obligatoires - à des cours d'anglais financés par l'administration régionale.

Mme Pécresse a aussi annoncé l'ajout de signalisation “en langues étrangères” dans les transports et dans les alentours des sites touristiques.

La présidente de l'île-de-France propose également de renommer l'état d'urgence (qui doit en principe expirer à la fin de janvier 2017) en quelque chose d'un peu moins effrayant.

Depuis le début de l'année, les arrivées internationales en France ont chuté de 8%.

En 2014, la France était la première destination touristique au monde avec 83,8 millions de visiteurs qui ont boosté le PIB de la France de 2,4%, selon le Ministère de l'Économie, de l'Industrie et du numérique de la République.

 

Est-ce que les chauffeurs d'Uber à Montréal devront savoir parler français ?

Les chauffeurs de taxi de Montréal et du Québec doivent savoir parler français. C’est la loi. C’est en grande partie ce qui explique la surreprésentation des Haïtiens et des Maghrébins dans l’industrie : les autres immigrants n’ont pas les compétences linguistiques.

Mais est-ce qu’il faut savoir parler français pour conduire avec Uber ?

Il semble que non.

Depuis l’entrée en vigueur du projet-pilote qui légalise — temporairement — les opérations de l’entreprise au Québec, les chauffeurs d’Uber doivent se procurer toute une série de documents supplémentaire, incluant des numéros de TPS et de TVQ et un permis de conduire de classe 4c.

Contrairement aux chauffeurs de taxi, les chauffeurs d’Uber n’ont pas besoin d’obtenir un permis de chauffeur de taxi, un document différent du permis de conduire 4c.

La classe 4c est une classe de permis de conduire qui autorise les automobilistes à conduire un taxi sur la voie publique, mais ce n’est pas suffisant pour faire du transport rémunéré. Pour exercer le métier les chauffeurs doivent aussi obtenir un permis de chauffeur — un pocket number : la petite carte avec une photo et un numéro accrochée derrière le siège du chauffeur — émis par le Bureau du Taxi et du Remorquage de la Ville de Montréal, ou par la SAAQ ailleurs au Québec.

Les règles d’obtention du pocket à Montréal sont claires : le chauffeur doit pouvoir “comprendre, parler et lire le français et l’anglais de manière suffisante pour l’exercice de son travail (…)”

Ailleurs au Québec, seule la connaissance du français est exigée.

Uber demande à ses chauffeurs de fournir, en plus du permis de conduire avec la classe 4c, une preuve d’immatriculation, leur dossier de conduite à la SAAQ, une preuve vérification de leurs antécédents criminels, une preuve d’assurance et des numéros de TPS et de TVQ, mais contrairement aux chauffeurs de taxi, les chauffeurs d’Uber ne sont soumis à aucune exigence linguistique.

New York et Londres

Depuis le 14 octobre, la ville de Londres oblige les chauffeurs d’Uber à passer un test d’anglais. La même semaine, la ville de New York a éliminé le test d’anglais que les chauffeurs de taxi devaient passer avant de pouvoir exercer leur métier.

UberEnglish

En 2015, Uber a lancé le service UberEnglish qui permet à ses clients d’exiger un chauffeur qui parle anglais dans plusieurs villes asiatiques et sud-américaines.

La guerre linguistique se poursuit en Afrique du Sud

We Are Not Happy, Pretoria | Flickr Paul Saad

Les cours ont repris lundi aux universités de Free State et de Pretoria après une semaine de congé forcé provoquée par des clash violents entre des étudiants afrikaners et ceux regroupés autour du slogan #afrikaansmustfall qui demande la fin de l'enseignement en afrikaans et l'anglais comme seule et unique langue d'enseignement.

L'Université North West avait aussi été obligée de fermer ses portes.

La violence a débuté le 18 février dernier alors que la direction de l'Université de Pretoria s'apprêtait à étudier des amendements à sa politique linguistique qui laissaient croire qu'elle envisageait de passer définitivement à l'anglais :

Proposed amendements

The Language Policy Task Team’s proposed amendments to the policy are:

  • That English should be the primary language of instruction in all lectures.
  • That the University should promote multilingualism as a means of facilitating student success and building social cohesion.
  • That Afrikaans and Sepedi should be used to provide additional support to students in tutorials, practicals and discussions.
  • Transitional arrangements will be put in place should the proposed amendments listed above be accepted.

Feedback invited on the proposed amendments to the University of Pretoria's Language Policy

L'Université offre présentement des cours en anglais et en afrikaans.

Les universités d'Afrique du Sud ont été secouées tout l'hiver par des d'affrontements linguistiques qui opposent des étudiants majoritairement noirs qui demandent l'enseignement en anglais et des étudiants afrikaners blancs qui veulent le maintient des cours dans leur langue.

Les étudiants regroupés autour du parti de gauche des Economic Freedom Fighters et du slogan #afrikaansmustfall affirment que l'enseignement en afrikaans est un prétexte utilisé par la minorité blanche d'origine néerlandaise pour décourager les étudiants noirs de s'inscrire dans leurs universités.

De leur côté, les Afrikaners soutiennent que l'enseignement en anglais est une attaque contre leur droit constitutionnel à une éducation dans leur langue maternelle.

La constitution de l'Afrique du Sud reconnaît 11 langues officielles et un droit à l'éducation dans chacune d'entre elles, mais dans les faits, les cours dans toutes les universités d'Afrique du Sud sont dans la langue de l'une des deux minorités blanches, sois l'anglais et l'afrikaans.

Il n’y a aucune université en Afrique du Sud qui offre une sélection significative de ses cours dans l'une des 9 langues officielles dîtes africaines parlées par 75% de la population.

Les anglophones ne représentent que 10% de la population de l'Afrique du Sud, mais l'anglais a largement été adoptée comme langue commune entre les différentes communautés linguistiques.

Faute d'une véritable demande pour une éducation supérieure dans les langues de la majorité noire, et compte tenu du peu d'enthousiasme des politiciens pour le financement d'un nouveau réseau d'universités dans 11 langues différentes, c'est l'anglais qui est devenu le symbole de l'intégration des Noirs aux universités d'Afrique du Sud.

Comme l'a déclaré Kabelo Mahlobogwaneun du parti EFF de Pretoria au [Daily Maverick](http://www.dailymaverick.co.za/article/2016-02-24-eff-declares-whats-at-stake-at-the-university-of-pretoria-afrikaansmustfall/] :

“We are saying it’s all 11 official languages or only English. No retreat. They can go home.”

Cela dit, pas plus tard qu'en janvier, une députée du même parti annonçait qu'elle refuserait désormais de parler anglais au Parlement sud-africain.

Finalement, Stellenbosch ne passera pas à l'anglais intégral

La High Court de Cape Town a confirmé que l'université de Stellenbosch de la ville du Cap en Afrique du Sud devra rester bilingue et continuer à offrir des cours en afrikans.

En novembre 2015, des étudiants regroupés autour du slogan #openstellenbosch avaient demandé l'anglicisation intégrale de l'enseignement et de l'administration à l'université.

Des affrontements parfois violents on éclaté entre les étudiants afrikaners blancs et les étudiants proanglais majoritairement noirs quand l'administration a semblé se rendre à leurs demandes et proposé une nouvelle politique linguistique qui faisait de l'anglais la langue “primaire” de Stellenbosch.

La constitution de l'Afrique du Sud protège le droit à l'éducation dans chacune des 11 langues officielles du pays.

Le conseil de l'université avait renversé la décision de l'administration, mais les facultés de génie et de droit avaient décidé d'aller de l'avant, incitant le groupe de pression afrikaner AfriForum Jeug d'aller devant le tribunal pour le maintien du statut égal de l'anglais et de l'afrikans. Le 12 février, la cour leur a donné raison.

AfriForum Jeug c'est dit “satisfait que l'US concède la défaite” et que ce n'était “pas seulement une victoire importante pour les étudiants afrikaans de Stellenbosch, mais aussi pour toute la communauté de langue afrikaans élargie.”

Le web profond de la science

Il y a 10  000 périodiques scientifiques en Chine. L'Occident ne s'y intéresse pas.

boreally.org

Un vrai Nobel

Jusqu’en 2015, les relations de la Chine avec l’Académie suédoise des Sciences de la Suède ont été plutôt compliquées. Tous les prix Nobel remis par l’académie à des Chinois avaient été octroyés à des chercheurs expatriés dans des laboratoires de l’Occident ou, pire, des prix Nobel de la paix pour des dissidents comme le Dalaï-Lama.

Mais depuis l’an dernier, tout est oublié. Avec l’octroi du prix de médecine au Dr Tu Youyou de l’Académie chinoise des Sciences médicales pour son rôle dans la découverte de l’artémisinine, une substance à la base des médicaments les plus efficaces contre la malaria, la Chine a finalement sont premier Nobel. Un vrai, en science.

Le prix Nobel du Dr. Tu confirme l’émergence d’une nouvelle superpuissance de la science. Il n’y a plus que les chercheurs américains qui publient plus que les Chinois. Dans plusieurs disciplines comme la chimie, le génie, l’énergie, les sciences informatiques, les matériaux, les maths, la physique et l’astronomie, la Chine publie plus de science que n’importe qui.

L’arrivée de la Chine dans les ligues majeures de la science internationale (les Chinois diraient probablement un retour), est probablement le plus grand bouleversement démographique de l’ordre scientifique international depuis l’exode des chercheurs allemands en Amérique après la Deuxième Guerre mondiale, mais c’est un mouvement qui ne devrait pas, dans un premier temps, trop bousculer la culture des chercheurs et des universitaires. Au contraire, l’obsession des grandes universités chinoises pour les citations et les classements accélère probablement la déjà très solide tendance vers l’anglais comme langue unique de la publication savante et de l’enseignement de la science.

Pour recruter des superstars de la recherche et les étudiants les plus prometteurs du monde entier, les grandes universités chinoises veulent se positionner en universités world class, ce qui est à dire anglophones. Les chercheurs chinois sont fortement encouragés à publier dans les grandes revues scientifiques internationales en anglais à facteur d’impact élevé. Des 175 périodiques scientifiques chinois répertoriés dans la base de données du Science Citation Index (Expanded), 152 sont en anglais, anyway.

Cela dit, on ne parle ici que de la science de grande élite. Il n’y a toujours qu’une poignée d’universités chinoises qui sont en position de s’imaginer rivaliser avec Harvard et Oxford. À côté, il y en a 1000 autres où les Chinois continuent à étudier et publier en chinois. Les 175 titres chinois qui sont inclus dans le SCIE ne représentent qu’une minuscule fraction de la publication scientifique chinoise. La plateforme de recherche CNKI — China National Knowledge Infrastructure — compte plus de 10 000 périodiques scientifiques chinois, dont seulement 400 qui sont publiés en anglais.

Autrement dit, à côté de la science chinoise répertoriée dans les grandes bases de donnée internationale il y l’équivalent scientifique du web profond, un grand trou noir de savoir à peu près inaccessible à la très grande majorité de la communauté scientifique internationale…

boreally.org

Numéro Deux

On parle de science alors on va commencer avec des statistiques.

En 1996, les chercheurs chinois publiaient moins d’un article scientifique pour chaque 10 papiers publiés aux États-Unis. La Chine produisait moins de science que les grandes puissances comme l’Allemagne, la France et le Japon, mais aussi moins que des plus petits pays comme l’Italie et le Canada.

Vingt ans plus tard, les Chinois ont rattrapé une bonne partie de leur retard et ont désormais une production scientifique équivalente à 80 % de celle des Américains.

Qui plus est, c’est de la science de qualité. Seuls les chercheurs américains ont publié plus d’articles scientifiques dans les 68 titres du Nature Index, le répertoire des périodiques de grand prestige – Nature, Science, The Lancet, The New England Journal of Medecine – dans lesquels les chercheurs du monde prennent 30 % de leurs citations. En 2015, les chercheurs de l’Académie chinoise des Sciences y ont placé plus de papiers que ceux de Harvard et du Centre National de Recherche Scientifique (CNRS).

L’essentiel de cette science est publié en anglais. Soixante-dix-neuf pour cent des 22 000 périodiques scientifiques répertoriés dans la base de données du SCOPUS (dont presque tous les 829 titres chinois) sont en anglais. Dans le Science Citation Index (Expanded), qui fait une sélection plus serrée des titres qui sont régulièrement cités et qui ont un facteur d’impact élevé, c’est 87 %.

Les périodiques scientifiques chinois en anglais sont généralement supposés être ceux qui comptent et dans lesquels les résultats significatifs sont publiés. C’est très possible, mais ça n’empêche pas de se demander, dans ce cas-là, qu’est-ce qu’il a dans les 10 000 titres en chinois?

Beaucoup de choses qu’on savait déjà, probablement. On s’entend qu’à partir du moment où une fraction de la phénoménale population de la Chine entreprend de publier un mémoire de maîtrise ou une thèse de doctorat, la Chine devient mathématiquement une superpuissance de la science internationale. Tous ces étudiants ne vont pas redéfinir l’espace-temps.

Cela dit, dans la science comme dans la musique, les grandes tendances qui bousculent prennent rarement naissance dans les grands studios. On peut se demander s’il n’y a pas l’héritier d’un préposé du bureau des brevets de Berne qui publie dans l’un des 10 000 titres scientifiques chinois qui ne sont pas en anglais.

Daderot sur Wikipédia

10 000 titres

Les résultats publiés dans les 10 000 titres scientifiques publiés en chinois ne sont pas accessibles à la majorité des chercheurs internationaux, mais ils ne sont pas chiffrés. Ils sont seulement écrits en chinois.

Il y a des millions de personnes capables de les lire et de les traduire, incluant plusieurs dizaines de milliers de chercheurs chinois qui travaillent dans les universités de l'Ouest et les 100 000 Ph.D. que la Chine a réussi à rapatrier depuis 2008 dans le cadre de son Plan des 1000 talents.

Il y a aussi la petite communauté des chercheurs occidentaux qui ont décidé d'installer leurs laboratoires et de faire carrière en Chine.

En 2014, ils étaient environ 4000, recrutés à travers le programme des 1000 Experts Étranger par lequel le gouvernement aide les universités à recruter des vedettes de la science en leur offrant les mêmes conditions de travail auxquelles ils et elles auraient droit à l'Ouest.

“Il y a clairement de la science très importante publiée dans les journaux chinois”, estime Olaf Wiest, professeur au département de Chimie et de Biochimie de l'Université Notre-Dame et professeur invité à l'Université de Pékin. Mais selon lui, les résultats importants trouvent leur chemin vers les publications en anglais.

“La science est assez efficace pour les identifier et ces choses trouvent leur chemin vers la littérature occidentale assez rapidement. Le nombre important de chercheurs nés en Chine mais éduqués à l'Ouest sont un relais important. Donc, nous manquons peut-être des choses, mais si c'est important, pas pour longtemps.”

C'est aussi l'opinion d'Andrea Strelcova, représentante en Chine d'EURAXESS, un service de la Commission européenne qui offre des services aux chercheurs qui travaillent à l'étranger.

“Bien que nous manquions sans doute de la bonne science, est-ce que nous manquons la MEILLEURE science ? Probablement pas. Nous connaissons la science d'avant-garde chinoise – parce qu'ils veulent la faire connaître. La science est un effort mondial. Nous avons besoin d'un standard, et ce standard est l'anglais et le système de recherche et de référence occidental.”

Selon la plupart des universitaires occidentaux qui travaillent dans les universités chinoises de haut niveau, les périodiques scientifiques en chinois sont essentiellement un dernier recours pour les étudiants et les chercheurs qui n'ont pas réussi à placer leur papier dans un vrai journal.

“Je n'approuve pas et je ne permettrai jamais à mes propres étudiants de faire ça étant donné que c'est essentiellement un arrêt de mort pour une carrière,” explique Richard de Grijs, professeur au département d'astronomie et d'astrophysique de l'Université de Pékin.

“L'impression générale c'est que – pour ce qui est de l'astrophysique, en tout cas – les périodiques de langue chinoise ne valent pas le papier sur lequel ils sont imprimés. Je ne connais aucun collègue occidental/non-Chinois qui lit ces journaux.”

Encore faudrait-il qu'ils en soient capables.

À peu près tous les chercheurs et les professeurs de l'Ouest qui travaillent dans les universités chinoises enseignent en anglais et publient en anglais et poursuivent leur carrière comme si de rien n'était, en fait. Rien ne les oblige à apprendre le chinois.

Ceux qui le font, le font moins pour la recherche que par politesse, ou pour essayer de s'intégrer un peu dans leur nouvel environnement administratif comme l'explique Marie-Luce Chevalier, professeur à l'Institut de Géologie de l'Académie chinoise des Sciences Géologiques.

“Je suis la seule étrangère dans toute l'Académie des Sciences Géologiques et le niveau d'anglais de mes collègues, comme je vous le disais, n'est pas super. Donc, ça facilite beaucoup la vie de parler (et lire et écrire) chinois. Tous les emails de l'institut sont en chinois, et le staff ne parle pas du tout anglais. Ça me laisse donc mon indépendance de parler chinois, de ne pas avoir a tout le temps demander de l'aide pour tout, comme c'était le cas a mon arrivée.”

Dre Chevalier dit parfois parcourir les résumés et les données de papiers en chinois et de demander à un étudiant de lui faire une traduction si ça semble intéressant. Mais jusqu'à présent, rien qui ne justifierait l'effort de faire l'effort de parcourir de façon systématique la littérature scientifique chinoise.

“Je lis le chinois, mais ça me prendrait trop de temps et d'énergie de lire tout un article scientifique, surtout que je sais d'avance que ce sera moyen. Mon chinois scientifique est quand même bien limité !”

De toute façon, pas besoin d'être fluent pour juger la qualité d'un papier en sciences dures, ajoute Jose C. Pastor-Pareja de l'Université de Tsinghua à Pékin. “Les expériences sont documentées graphiquement. La plupart du temps, on peut juger de la qualité des données présentées sans aucune connaissance du chinois.”

C'est suffisant, selon lui, pour se convaincre qu'il n'y a pas de danger à l'ignorer.

Daderot sur Wikipédia

Guanxi

Le consensus est que le problème principal de la science chinoise n’est pas la langue, mais la faiblesse de l’appareil de validation et de révision des résultats.

La méthode scientifique est somme toute assez simple : un chercheur qui a obtenu des résultats intéressants rédige un article dans lequel il décrit en détail le protocole qu’il a utilisé pour les obtenir. Un papier bien rédigé doit permettre à n’importe quel chercheur de reproduire l’expérience par lui-même pour valider les résultats. Une publication scientifique réputée soumet les articles à un ou des pairs – des collègues compétents dans la discipline de l’auteur qui, sans nécessairement reprendre l’expérience, valident la méthode et les résultats – avant de le publier.

Cette démarche est encore relativement récente en Chine et elle peut être source de malaise dans une culture basée sur les contacts, l’influence et la réciprocité, le concept qu’on nomme le guanxi.

Les Chinois le savent, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils tiennent placer un maximum d’étrangers dans les facultés, explique Olaf Wiest : “Être un outsider moins influencé par le guanxi fait parti de mon rôle. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles plusieurs comités de révision et de consultation dans les grandes institutions ont beaucoup de membres occidentaux.”

S’il n’y a que quelques centaines de périodiques scientifiques chinois en anglais, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas assez d’éditeurs compétents dans la langue pour en publier plus, croit le Dr Pastor-Pareja.

L’éducation supérieure mondiale est engagée dans un processus de mondialisation qui ne peut faire autrement que de tout angliciser sur son passage.

Pour se financer, les universités ont besoin de recruter des étudiants internationaux ; pour recruter des étudiants internationaux, elles ont besoin de se positionner dans les grands classements des universités internationales ; pour se classer, elles ont besoin de recruter des étudiants et des chercheurs étrangers…

…et de publier de la recherche qui est citée dans les périodiques scientifiques à facteur d’impact élevé ; et pour être cité il faut être lu, et pour être lu il faut être cité…

…et à la fin, il n’y a plus aucune motivation pour un chercheur ou son alma mater de publier dans une autre langue que celle qui est déjà la plus utilisée.

C’est un fait auquel les Chinois sont parfaitement résignés, selon le prof Pastor-Pareja.

“Alors que le nationalisme se manifeste de plusieurs façons en Chine, le chauvinisme linguistique n'est pas l'une d'elles. Les chercheurs chinois acceptent totalement que l'anglais est un outil nécessaire pour communiquer leurs résultats et idées au plus grand auditoire possible.”

Whoisgalt sur Wikipédia

Le vieux Romain

Dans son livre Empires of the Word, A Language History of the World, Nicholas Ostler raconte que les Romains, eux aussi, même au sommet de leur gloire, "were unsentimental about their own language1,” et qu’ils étaient parfaitement heureux, dans un premier temps, de faire de la philosophie en grec.

C’est seulement 1000 ans après la chute de Rome que le latin devient la langue universelle de la science. 2 On se souvient d’un règne quasi éternel, mais dans les faits, le latin ne sera dominant qu’à peu près 300 ans. Ironiquement c’est un Anglais, Sir Isaac Newton, qui est le dernier à se résigner au déclin du latin quand il écrit son Pricipiae en 1687, la dernière œuvre scientifique importante à être publiée dans cette langue. 1

L’invention de l’imprimerie va un peu contre-intuitivement accélérer la désintégration du consensus linguistique et multiplier le nombre de langues utilisées par les savants d’Occident. Éventuellement, la situation va se stabiliser autour de trois langues : l’anglais, le français et l’allemand. C'est celle qui va perdurer jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui précipite tout ce qui est allemand dans l’infamie et ébranle sérieusement le prestige de la France.

Tout aussi contre-intuitivement, c’est le bref défi de la science soviétique qui force les Américains à entreprendre une vaste opération de traduction qui va consacrer la dominance de l’anglais, explique Micheal Gordin dans Scientific Babel : How Science Was Done Before and After Global English:

“Si vous étiez un chercheur au Pakistan, ou en Italie, ou au Brésil, vous deviez suivre aussi bien la science américaine que la soviétique. Au lieu d'apprendre deux langues, les Américains vous ont permis de vous débrouiller entièrement en anglais, et la langue est devenue de plus en plus courante comme langue par défaut de la science – non pas à la place de suivre la science soviétique, mais comme moyen de suivre la science soviétique.”2

C’est ce qu’on fait les Chinois. Comme les Romains, les Chinois ont préféré continuer à construire sur la fondation en anglais que de recommencer un nouvel édifice à côté.

Pour l’instant. Comme l’exemple du latin le démontre, une langue universelle de la science peut très bien disparaitre.

Contrairement au latin qui n’était que le patois d’une ville de conquérant particulièrement heureux, le chinois est déjà une langue scientifique qui a une longue tradition et un corpus important de recherche accumulée. C’est un patrimoine un peu poussiéreux, on ne va pas se le cacher, mais pas sans valeur. Au contraire.

C’est dans un texte en chinois du 4e siècle, Manuel de Prescription pour les Traitements d’Urgence de Ge Hong, que le Dr Tu Youyou a découvert la méthode d’extraction de l’artémisinine, la substance antipaludique qui lui a mérité le premier prix Nobel scientifique chinois.

Rudolf Simon

Les laisser crever dans leurs diarrhées

Quand l'Organisation mondiale de la Santé a annoncé en 2001 que les thérapies à base d'artémisinine étaient “le plus grand espoir mondial contre le paludisme”, peu de gens savaient a qui l'ont devait la découverte pourtant si importante.

Parce qu'on s'entend, ce n'est pas qu'un autre médicament. L'artémisinine a permis de réduire les taux de morbidité et de mortalité de la malaria de 70 %.

On savait que ça venait de la Chine, mais les articles en chinois publiés à partir de 1977 et le premier texte en anglais sur le sujet, publié 1979 dans le Chinese Medical Journal, n’avaient pas d’auteur. Celui de 1982 publié dans The Lancet ne nommait pas le Dr Tu.

La question intrigue les Drs Louis H. Miller et Su Xinzhuan, deux chercheurs du National Institute of Health américain qui profitent d'une conférence à Shanghai en 2007 pour poser des questions à leurs collègues chinois. Ils sont étonnés de constater que là-bas non plus on ne sait pas.

C'est seulement en fouillant dans les archives médicales chinoises du temps de la Révolution culturelle que les chercheurs ont pu retrouver le nom de celle qui a fait la découverte dans le cadre d'une mystérieuse guerre secrète contre la malaria surnommée Projet 523.

Le Projet 523 a été mis sur pied dans les années 60 par Mao Zedong, inquiet de voir ses protégés nord-vietnamiens ralentis par la malaria dans leur combat contre les Américains. Pour leur redonner l'avantage, Mao a conscrit 500 chercheurs et 60 laboratoires qui ont entrepris de tester toutes les substances antipaludiques potentielles et hypothétiques.

L'une d'elles, la jeune Dre Tu Youyou, cherche des pistes dans les vieux grimoires de la médecine traditionnelle chinoise. Dans Manuel de Prescription pour les Traitements d’Urgence de Ge Hong, elle trouve une nouvelle méthode d’extraction de l’armoise annuelle, une substance déjà connue, mais plus ou moins fiable.

C’est la clé qui lui permet d’isoler l’artémisinine et de la transformer en médicament efficace contre la malaria.

On répète souvent qu'une langue scientifique unique facilite la circulation de l'information et accélère le rythme de la découverte. Pourtant, si le Dr Tu n’avait pas su lire les vieux textes médicaux en chinois classique (ce que la plupart des ses collègues chinois n'auraient pas pu faire, sois dit en passant), nous n’aurions peut-être pas encore trouvé un moyen efficace d’isoler l’artémisinine.

Et si le Dr Su du NIH n’avait pas su lire le chinois, lui et son collègue Miller n’auraient pas pu identifier le Dr Tu, et la Chine n’aurait toujours pas reçu son prix Nobel tant désiré.

“La langue est importante dans notre travail, bien entendu,” reconnaît le Dr Miller. “C'est seulement parce que Su Xinzhuan était capable de lire les documents chinois que nous avons pu résoudre le mystère.”

Aujourd’hui la Chine est engagée dans plusieurs projets scientifiques ambitieux — comme la production d’une part significative de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2020 — et prestigieux — comme l’exploration spatiale. Ce sont des programmes importants, dans des domaines dans lesquels la Chine veut être reconnue comme un leader.

Mais la science a aussi un côté obscur.

Les Américains accusent régulièrement les Chinois de voler des technologies propriétaires aux entreprises américaines. Les Chinois nient tout, comme de raison. Mais si on admet, pour ne pas être parfaitement naïf, que ce genre de chose existe et que les industries stratégiques des grandes puissances s’espionnent entre elles, avec ou sans l’aide de leurs gouvernements, pourquoi est-ce que la Chine irait faciliter le travail de ses rivaux en publiant sa recherche en technologies militaires ou énergétiques en anglais ?

L’objectif du projet 523 était d’offrir aux Viet Congs une arme contre la malaria et de laisser les G.I. crever avec leurs fièvres et diarrhées. Le Projet 523 a été tenu secret par exprès.

C'est dégueulasse, mais pas étonnant. L'information a toujours été une arme. Comme l'explique Micheal Gordin dans Scientific Babel 2, l'origine de la technologie de Google Translate est un programme financé par la CIA pour traduire la littérature scientifique soviétique.

Ce qui est étonnant c'est le manque de curiosité de l'Occident pour le contenu des 10 000 périodiques scientifiques chinois. Au pire, on pourrait y trouver le papier d'un préposé aux bureau des brevets de Pékin qui va changer notre compréhension de l'espace et du temps.


  1. Nicholas Ostler, Empires of the Word: A Language History of the World (HarperCollins UK, 2010). 
  2. Gordin, Michael D. Scientific Babel: How Science Was Done Before and After Global English. University of Chicago Press, 2015. 

Langue d'enseignement à Goa: le gouvernement décide de ne pas décider

16782505866_091be6c0d8_bAprès plusieurs mois de débat de plus en plus venimeux, le gouvernement de la province de Goa en Inde décide de ne rien décider et remet sa décision sur les subventions aux écoles en anglais à plus tard.

La loi de Goa stipule que seules les écoles qui donnent leur enseignement en Konkani, la langue officielle de l'État ont droit aux subventions du gouvernement. Cependant, depuis 1991 le gouvernement a exceptionnellement autorisé une centaine d'écoles de langue anglaise de communautés minoritaires -- essentiellement des écoles catholiques -- à recevoir les subventions.

Le gouvernement du BJP s’était engagé à régulariser la question de la langue d'enseignement durant la session d'hiver du mois de janvier. Coincé entre ceux qui demandent la fin des subventions aux écoles anglaises et un mouvement de parents qui exige le libre choix de la langue d'instruction, le comité chargé d'étudier la question plaide maintenant le manque de temps et d'information.

Au mois de juillet 2015, Savio Lopes, leader de FORCE, un regroupement de parents qui veulent protéger et étendre le droit de leurs enfants à une éducation en anglais subventionnée avait fait la grève de la fin pendant huit jours.

À Goa, le débat sur la langue d'éducation a rapidement dégénéré en lutte de classes et communautaire.

Au mois de décembre, le défendeur de l'enseignement en langue maternelle Uday Bhembre a attaqué la crédibilité de Savio Lopes en termes peu élégants parce qu'il est un marin :

"Savio est un nobody dans le monde intellectuel et littéraire. Il a été rappelé d'urgence de son bateau pour servir de porte-parole pour l'Église."

Le commentaire a provoqué la colère des marins et de nombreux parents qui ont réclamé leur droit de prendre les décisions relative à l'éducation de leurs enfants, peu importe leur profession.

L'enseignement en anglais connait présentement un regain de popularité sans précédent à travers l'Inde. Le débat sur la langue d'enseignement à Goa a des échos dans les états de Karnakata et d'Odisha. Dans certains villages du Telangana, les écoles publiques ont fermé leurs portes, faute d'étudiants.

Pour plusieurs parents qui n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants dans les écoles privés, l'anglais est devenu le symbole de l'inégalité et l'accès à l'enseignement dans cette langue, une question de justice sociale.

Les parents qui n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école privée demandent de plus en plus souvent à leurs gouvernements l'enseignement en anglais au nom de l'égalité des chances. Certains parents accusent carrément les élites de vouloir empêcher les pauvres d'apprendre l'anglais pour protéger leurs privilèges.

La question de la langue d'enseignement divise le monde pédagogique, mais les grandes institutions comme l'UNESCO et la Banque mondiale favorisent, du moins officiellement, l'opinion voulant que l'enseignement dans la langue maternelle est préférable.