Anglemonde Observatoire de l'anglais

Expulsé d'un avion pour avoir parlé arabe, ou (probablement) pas

https://youtu.be/43RgvVY_wvQ

Adam Saleh, un youtubeur américain, prétend avoir été expulsé d'un avion de Delta parce d'autres passagers étaient "inconfortables" de l'entendre parler arabe au téléphone avec sa maman avant le décollage.

"On nous expulse parce que nous avons parlé une langue différente ! Nous sommes en 2016. 2016 ! Regardez ! Delta Airlines nous expulse parce que nous avons parlé une langue différente !"

Je sais pas pour vous, mais à partir de maintenant, je vais supposer qu'une nouvelle est fausse jusqu'à preuve du contraire.

C'est particulièrement probable dans ce cas si, étant donné le passé de Saleh, qui s'est déjà fait prendre à non pas une, mais deux reprises à mettre en ligne de faux vidéos.

Delta admet avoir expulsé Saleh et son compagnon de l'avion, mais pour avoir eu un comportement jugé "provocateur", non pas à cause de la langue qu'ils parlaient :

"Based on the information collected to date, it appears the customers who were removed sought to disrupt the cabin with provocative behavior, including shouting. This type of conduct is not welcome on any Delta flight."

Cela dit, c'est absolument vrai que de parler d'autres langues que l'anglais dans le réseaux de transport aérien global est parfois considéré un comportement suspect. Le Washington Post cite le Council on American-Islamic Relations qui, sans se prononcer sur l'authenticité de cet incident en particulier, confirme avoir recensé d'autres incidents du genre.

On peut aussi penser au cas de Robert Dziekanski, un citoyen polonais qui a été tué par les agents des services frontaliers du Canada à l'Aéroport de Vancouver pour avoir eu un comportement suspect, i.e, être resté coincé pendant près de 10 heures dans une zone sécurisée des douanes, incapable de communiquer avec les agents parce qu'il ne savait pas parler anglais.

Ouvert sur l'anglais du monde

Geoffrey Pullum, dans The Chronicle of Higher Education, raconte la fois à un étudiant s'est plaint de l'accent de son prof qui venait... d'Angleterre.

"Of course, it’s true that many Americans are far too insular, and one of the key things they need to get out of a college education is the experience of encountering smart people with accents they never heard before, and may initially have trouble understanding. Treating every different kind of accent as weird and upsetting as you go through life in this globalized world would be babyish, so students who have never been outside Riverside County or seen a foreign film do need to grow up a bit linguistically. " Make American Accents Great Again – Lingua Franca - Blogs - The Chronicle of Higher Education

So, on est rendu là? Pour être "ouvert sur le monde", il est suffisant de tolérer d'autres accents anglais?

Make America(n English) Great Again

S'il y a une idée qui fait l'unanimité (ou quelque chose qui s'en approche) depuis l'élection de Donald Trump, c'est qu'il y a un profond malaise dans la classe moyenne et qu'une certaine Amérique déprimée rêve avec nostalgie à un retour à un certain âge d'or qu'on situe habituellement dans les années 50 et 60, quand tout était possible, ou encore dans les années 80, à l'époque où les États-Unis étaient invincibles comme Chuck Norris.

Mais le malaise pourrait être beaucoup plus ancien, selon une nouvelle étude du vocabulaire de l'anglais américain :

"A new study has found that positive language used by Americans is on the decline. A new study conducted by researches at USC Dornsife and the University of Michigan suggests that the shift has been happening over the past 200 years. " Language Magazine » Blog Archive Positive Language Decreasing In American-English Speech - Language Magazine

Les chercheurs précisent que les mots positifs sont encore plus utilisés que les mots négatifs, mais que le déclin du vocabulaire optimiste est un phénomène qui s'observe depuis maintenant deux siècles.

Les résultats ont été compilés à partir de Google Books et du New York Times.

Les détaillants américains sont meilleur que les Anglais pour adapter leurs sites aux marchés globaux

Les détaillants américains sont les meilleurs de tous les détaillants anglophones quand vient le temps d'adapter leurs sites à des marchés non-anglos, mais seulement quand ces marchés sont assez gros.

Selon une étude réalisée par des Practicology, eshopworld et TranslateMedia, les sites des détaillants Américains sont mieux adaptés et traduits que ceux des Anglais et Australiens, du moins dans les gros marchés lucratifs comme le Japon et le Mexique.

"US retailers were particularly strong at providing customer service support in local business hours, localizing pricing, and localizing their foreign language sites in the cases of Mexico and Japan. The same priority was not as evident in other English-language speaking countries, such as the UK and Australia however. " Practicology Research Highlights Gaps in US Retailers' Online Localization Efforts

Les détaillants britanniques ne semblent pas être prêts à faire le même effort que les Américains pour vendre à leurs voisins. Tandis que 84% des détaillants en ligne américains offrent un service à la clientèle en espagnol pour leurs clients mexicians, 60% des détaillants anglais n'offrent pas ce service à leur clientèle francophone.

Pants ou Trousers?

À noter, les anglophones sont particulièrement paresseux quand vient le temps d'adapter leurs sites aux marchés qui parlent la même langue qu'eux. Par exemple, les Anglais offrent souvent les même promotions à leurs clients Australiens, malgré l'inversion des saisons et les Américains utilisent le mot "pants" pour vendre des pantalons en Grande-Bretagne, même si de l'autre côté de l'Atlantique, ce mot signifie "sous-vêtement"...

Anglais et populisme

"En optant de plus en plus pour le « tout anglais », ces écoles tournent le dos à notre culture commune, à notre héritage commun. Ce faisant, elles contribuent à accentuer encore la coupure déjà profonde entre les élites et le reste de la population." Quand les grandes écoles de gestion « s’agenouillent » devant la langue anglaise | Focus Campus

Il y a définitivement un lien a explorer entre l'anglicisation des élites et le retour des nationalismes-populismes en Europe (et ailleurs...)

Une pub polonaise et la mythologie de l'anglais global

https://youtu.be/tU5Rnd-HM6A

C'est pas que cette pub polonaise virale ne soit pas très très cute et formidablement efficace, mais c'est aussi une très belle démonstration de la mythologie de l'anglais qui a pénétré notre culture :

  • L'anglais est nécessaire pour le voyage;
  • L'anglais est la langue du multiculturalisme;
  • Les enfants qui vivent dans des pays anglophones n'ont aucun besoin d'apprendre la langue maternelle de leurs parents;
  • Les langues qui ne sont pas l'anglais sont les langues de vielles personnes qui vivent dans des vieux pays.

On pourrait tout aussi facilement imaginer la pub inverse dans laquelle c'est l'enfant qui apprend le polonais pour parler à son grand-papa...

... et pourtant, non. On ne peut plus.

Finalement pas d'anglais obligatoire au Royaume-uni

Contrairement à ce qu'avait annoncé The Sun il y a quelques jours, le rapport du "tsar de la cohésion des communautés", Dame Louise Casey, au gouvernement britannique ne recommande pas la déportation les immigrants qui n'apprennent pas l'anglais.

Cependant, le gouvernement doit mettre plus de ressources à la disposition des immigrants qui veulent apprendre l'anglais et ceux-ci devraient faire serment d'allégeance au Royaume-Uni et a ses valeurs, selon le rapport dont The Independent a obtenu copie.

"Immigrants should have more access to English language classes and be made to take an "oath of allegiance" in order to improve integration efforts, a Government report has warned." Government must increase English classes for migrants and make them take oath of allegiance, says report

‪La fois où Richard Martineau a publié un appel génocide au nom de la liberté d'expression ‬

Extrait de "Mort aux Madelinots", un texte que j'avais publié dans le journal Voir en 2000.

Dans le temps, le rédacteur du journal, Richard Martineau, avait trouvé ça pas mal bon.

"La solution évidente est d’élargir la portée de la loi pour protéger un plus grand nombre de concitoyens contre les méchants qui disent de vilaines paroles qui font de la peine. Il faut élargir la définition de "groupe identifiable" dans la loi pour inclure les snobs, les fumeurs, les enfants, les tatoués, les chauves, les quétaines, les avocats, les skaters et même les racistes. Il faut que tous les sous-groupes de citoyens soient également protégés contre la haine, jusqu’au jour où le simple fait d’écrire "mort aux cons" soit passible de cinq ans d’emprisonnement."

"L’autre solution, c’est d’accepter la liberté d’expression dans toute sa formidable puissance. De reconnaître qu’on ne peut pas séparer la liberté de haïr de la liberté de dire ce qu’on pense. De reconnaître qu’on ne peut pas donner la liberté d’expression aux éditorialistes polis et cultivés et la retirer aux morons ignorants. La liberté d’expression balisée n’est plus une liberté, c’est une permission d’expression."

Pas vraiment dans le thème d'Anglemonde, mais quand même d'actualité.

L'anglais langue maternelle au Cameroun?

"Students in English-speaking regions are worried that they will not be able to succeed and get good jobs once they graduate, because they do not get the opportunity to be educated and work in their mother tongue." Cameroon teachers, lawyers strike in battle for English | News | Al Jazeera

Juste pour être certain qu'on se comprend, pas plus de 1% des Camerounais parlent anglais à la maison.

L'anglais et le français sont des langues officielles au Cameroun, mais rarement des langues maternelles.

C'est un commentaire curieux considérant que l'Afrique est de loin, le continent où il y a le moins d'enfants qui étudient dans leur langue maternelle.

La crise anglophone se poursuit au Cameroun

La crise qui oppose la minorité anglophone du Cameroun à l'élite francophone du gouvernement central se poursuit.

Des élus de l'opposition auraient décidé de se joindre au mouvement de grève des enseignants et des avocats anglophones et annoncé qu'ils allaient boycotter les sessions du sénat et de l'Assemblée nationale.

Des médias anglophones rapportent que plusieurs élus anglophones auraient rejoint des manifestations dans les rues de Buea ce matin.

Les tensions sont également élevées dans le nord-ouest où les taxis sont en grève et le marché de Bamenda serait fermé.

D'autres élus des régions anglophones du nord-ouest du Cameroun ont cependant donné leur appui au gouvernement du président Paul Biya et demandé aux enseignants de mettre fin à leur grève immédiatement.

Les avocats et les enseignants anglophones du Cameroun sont en grève depuis le 8 et le 22 novembre, respectivement. Ils reprochent au gouvernement central de vouloir les marginaliser et de ne pas respecter les systèmes éducatifs et judiciaires distincts des régions à majorité anglo.