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English Proficiency Index : du crystal meth pour internet

Pour une sixième année consécutive la multinationale de l’enseignement des langues Education First AG publie l’English Proficiency Index, dans lequel elle propose de classer les pays du monde selon leur compétence en anglais.

Les Néerlandais ont gagné. La Belgique a battu la France. Les Iraquiens avaient d’autres chats à fouetter.

Le très populaire index va être abondamment cité toute l’année dans les débats sur Facebook comme dans les médias de référence. Il sera redécouvert à tous les jours par quelqu’un sur Twitter qui le citera pour démontrer que l’anglais rend riche, voire qu’il permet de vivre plus vieux (authentique…).

Malheureusement, peu de gens s’intéresseront à la méthodologie de l’index douteux.

Méthodologie

Le classement de l’EPI a été comptabilisé à partir des résultats de 950 000 personnes qui ont passé l’un des trois tests offerts en ligne par Education First. Les candidats ont choisi par eux-mêmes de passer le test, pour le fun ou pour s’inscrire à un cours d’anglais. L’échantillon est gros, mais il n’a été pondéré d’aucune façon pour être représentatif de la population des pays en question.

EF ne s’en cache même pas :

“Nous avons conscience du fait que la population ayant passé les tests et représentée dans cet indice découle d’une autosélection et ne présente aucune garantie quant à la représentativité de l’ensemble du pays.” English Proficiency Index 2016

On ne sait pas combien de personnes ont pris le test dans chaque marché. On ne connait pas leur âge, leur niveau de scolarité, ou leur occupation. Tout ce qu’on sait, c’est que ce sont des gens qui ont choisi volontairement de consacrer 30 minutes à un test d’anglais en ligne sur le site d’une école de langues.

Est-ce qu’il faut s’étonner que les résultats démontrent qu’il y a une corrélation entre l’anglais et l’accès à internet et l’accès au travail et à l’éducation?

Comme le remarque Isabela Villas Boas dans l’un des beaucoup trop rares textes a remettre en question la validité des résultats de l’English Proficiency Index, la prétention que l’EFSET est un test d’anglais standardisé du même calibre que le TEOFL, l’IELTS et le test Cambrige est sans fondement :

“It suggests that the EFSET is comparable to well-known exams such as the TOEFL, TOEIC, Cambridge, and IELTS exams, with the advantage of being free of charge. There is no information about whether it was validated against these exams or about its content and construct validity.” Some thoughts about the English Proficiency Index | Richmond Share

Anglais Magique

L’English Proficiency Index est un rapport sur les résultats de tests d’anglais offerts gratuitement en ligne par une école d’anglais.

Les intérêts financiers d’EF n’invalident pas à priori les résultats de l’index. Quand une compagnie a un bon produit, pourquoi ne pas partager les résultats? Mais c’est dans cette perspective qu’il faut évaluer les conclusions des auteurs du rapport sur l’index quand ils prétendent déceler une corrélation entre un anglais compétent et les salaires, la recherche et le développement, l’investissement étranger et l’accès à internet.

“Depuis l’alphabétisation, aucune autre compétence n’a détenu un tel potentiel d’amélioration de l’efficacité et de la productivité financière des populations.” English Proficiency Index 2016

Le British Council, Pearsons et les autres conglomérats de l’éducation et de l’enseignement de l’anglais font exactement la même chose. Eux aussi ont intérêt à nous convaincre qu’il n’y a pas d’avenir sans anglais.

Mais contrairement aux autres tests d’anglais standardisés comme le TOESL et l’IELTS, qui sont très dispendieux, le test d’EF, l’Education First Standard English Test (EFSET), est absolument gratuit. C’est parce que l’EFSET et English Proficiency Index sont moins des produits que des accroches. Du clickbait. Un classement, de la rivalité patriotique et des infographies toutes faites – le crack, la coke et le crystal meth d’internet – pour attirer les clients sur le site d’EF, qui est dans la business de vendre de l’anglais.