Anglemonde Observatoire de l'anglais

Le web profond de la science

Il y a 10  000 périodiques scientifiques en Chine. L'Occident ne s'y intéresse pas.

boreally.org

Un vrai Nobel

Jusqu’en 2015, les relations de la Chine avec l’Académie suédoise des Sciences de la Suède ont été plutôt compliquées. Tous les prix Nobel remis par l’académie à des Chinois avaient été octroyés à des chercheurs expatriés dans des laboratoires de l’Occident ou, pire, des prix Nobel de la paix pour des dissidents comme le Dalaï-Lama.

Mais depuis l’an dernier, tout est oublié. Avec l’octroi du prix de médecine au Dr Tu Youyou de l’Académie chinoise des Sciences médicales pour son rôle dans la découverte de l’artémisinine, une substance à la base des médicaments les plus efficaces contre la malaria, la Chine a finalement sont premier Nobel. Un vrai, en science.

Le prix Nobel du Dr. Tu confirme l’émergence d’une nouvelle superpuissance de la science. Il n’y a plus que les chercheurs américains qui publient plus que les Chinois. Dans plusieurs disciplines comme la chimie, le génie, l’énergie, les sciences informatiques, les matériaux, les maths, la physique et l’astronomie, la Chine publie plus de science que n’importe qui.

L’arrivée de la Chine dans les ligues majeures de la science internationale (les Chinois diraient probablement un retour), est probablement le plus grand bouleversement démographique de l’ordre scientifique international depuis l’exode des chercheurs allemands en Amérique après la Deuxième Guerre mondiale, mais c’est un mouvement qui ne devrait pas, dans un premier temps, trop bousculer la culture des chercheurs et des universitaires. Au contraire, l’obsession des grandes universités chinoises pour les citations et les classements accélère probablement la déjà très solide tendance vers l’anglais comme langue unique de la publication savante et de l’enseignement de la science.

Pour recruter des superstars de la recherche et les étudiants les plus prometteurs du monde entier, les grandes universités chinoises veulent se positionner en universités world class, ce qui est à dire anglophones. Les chercheurs chinois sont fortement encouragés à publier dans les grandes revues scientifiques internationales en anglais à facteur d’impact élevé. Des 175 périodiques scientifiques chinois répertoriés dans la base de données du Science Citation Index (Expanded), 152 sont en anglais, anyway.

Cela dit, on ne parle ici que de la science de grande élite. Il n’y a toujours qu’une poignée d’universités chinoises qui sont en position de s’imaginer rivaliser avec Harvard et Oxford. À côté, il y en a 1000 autres où les Chinois continuent à étudier et publier en chinois. Les 175 titres chinois qui sont inclus dans le SCIE ne représentent qu’une minuscule fraction de la publication scientifique chinoise. La plateforme de recherche CNKI — China National Knowledge Infrastructure — compte plus de 10 000 périodiques scientifiques chinois, dont seulement 400 qui sont publiés en anglais.

Autrement dit, à côté de la science chinoise répertoriée dans les grandes bases de donnée internationale il y l’équivalent scientifique du web profond, un grand trou noir de savoir à peu près inaccessible à la très grande majorité de la communauté scientifique internationale…

boreally.org

Numéro Deux

On parle de science alors on va commencer avec des statistiques.

En 1996, les chercheurs chinois publiaient moins d’un article scientifique pour chaque 10 papiers publiés aux États-Unis. La Chine produisait moins de science que les grandes puissances comme l’Allemagne, la France et le Japon, mais aussi moins que des plus petits pays comme l’Italie et le Canada.

Vingt ans plus tard, les Chinois ont rattrapé une bonne partie de leur retard et ont désormais une production scientifique équivalente à 80 % de celle des Américains.

Qui plus est, c’est de la science de qualité. Seuls les chercheurs américains ont publié plus d’articles scientifiques dans les 68 titres du Nature Index, le répertoire des périodiques de grand prestige – Nature, Science, The Lancet, The New England Journal of Medecine – dans lesquels les chercheurs du monde prennent 30 % de leurs citations. En 2015, les chercheurs de l’Académie chinoise des Sciences y ont placé plus de papiers que ceux de Harvard et du Centre National de Recherche Scientifique (CNRS).

L’essentiel de cette science est publié en anglais. Soixante-dix-neuf pour cent des 22 000 périodiques scientifiques répertoriés dans la base de données du SCOPUS (dont presque tous les 829 titres chinois) sont en anglais. Dans le Science Citation Index (Expanded), qui fait une sélection plus serrée des titres qui sont régulièrement cités et qui ont un facteur d’impact élevé, c’est 87 %.

Les périodiques scientifiques chinois en anglais sont généralement supposés être ceux qui comptent et dans lesquels les résultats significatifs sont publiés. C’est très possible, mais ça n’empêche pas de se demander, dans ce cas-là, qu’est-ce qu’il a dans les 10 000 titres en chinois?

Beaucoup de choses qu’on savait déjà, probablement. On s’entend qu’à partir du moment où une fraction de la phénoménale population de la Chine entreprend de publier un mémoire de maîtrise ou une thèse de doctorat, la Chine devient mathématiquement une superpuissance de la science internationale. Tous ces étudiants ne vont pas redéfinir l’espace-temps.

Cela dit, dans la science comme dans la musique, les grandes tendances qui bousculent prennent rarement naissance dans les grands studios. On peut se demander s’il n’y a pas l’héritier d’un préposé du bureau des brevets de Berne qui publie dans l’un des 10 000 titres scientifiques chinois qui ne sont pas en anglais.

Daderot sur Wikipédia

10 000 titres

Les résultats publiés dans les 10 000 titres scientifiques publiés en chinois ne sont pas accessibles à la majorité des chercheurs internationaux, mais ils ne sont pas chiffrés. Ils sont seulement écrits en chinois.

Il y a des millions de personnes capables de les lire et de les traduire, incluant plusieurs dizaines de milliers de chercheurs chinois qui travaillent dans les universités de l'Ouest et les 100 000 Ph.D. que la Chine a réussi à rapatrier depuis 2008 dans le cadre de son Plan des 1000 talents.

Il y a aussi la petite communauté des chercheurs occidentaux qui ont décidé d'installer leurs laboratoires et de faire carrière en Chine.

En 2014, ils étaient environ 4000, recrutés à travers le programme des 1000 Experts Étranger par lequel le gouvernement aide les universités à recruter des vedettes de la science en leur offrant les mêmes conditions de travail auxquelles ils et elles auraient droit à l'Ouest.

“Il y a clairement de la science très importante publiée dans les journaux chinois”, estime Olaf Wiest, professeur au département de Chimie et de Biochimie de l'Université Notre-Dame et professeur invité à l'Université de Pékin. Mais selon lui, les résultats importants trouvent leur chemin vers les publications en anglais.

“La science est assez efficace pour les identifier et ces choses trouvent leur chemin vers la littérature occidentale assez rapidement. Le nombre important de chercheurs nés en Chine mais éduqués à l'Ouest sont un relais important. Donc, nous manquons peut-être des choses, mais si c'est important, pas pour longtemps.”

C'est aussi l'opinion d'Andrea Strelcova, représentante en Chine d'EURAXESS, un service de la Commission européenne qui offre des services aux chercheurs qui travaillent à l'étranger.

“Bien que nous manquions sans doute de la bonne science, est-ce que nous manquons la MEILLEURE science ? Probablement pas. Nous connaissons la science d'avant-garde chinoise – parce qu'ils veulent la faire connaître. La science est un effort mondial. Nous avons besoin d'un standard, et ce standard est l'anglais et le système de recherche et de référence occidental.”

Selon la plupart des universitaires occidentaux qui travaillent dans les universités chinoises de haut niveau, les périodiques scientifiques en chinois sont essentiellement un dernier recours pour les étudiants et les chercheurs qui n'ont pas réussi à placer leur papier dans un vrai journal.

“Je n'approuve pas et je ne permettrai jamais à mes propres étudiants de faire ça étant donné que c'est essentiellement un arrêt de mort pour une carrière,” explique Richard de Grijs, professeur au département d'astronomie et d'astrophysique de l'Université de Pékin.

“L'impression générale c'est que – pour ce qui est de l'astrophysique, en tout cas – les périodiques de langue chinoise ne valent pas le papier sur lequel ils sont imprimés. Je ne connais aucun collègue occidental/non-Chinois qui lit ces journaux.”

Encore faudrait-il qu'ils en soient capables.

À peu près tous les chercheurs et les professeurs de l'Ouest qui travaillent dans les universités chinoises enseignent en anglais et publient en anglais et poursuivent leur carrière comme si de rien n'était, en fait. Rien ne les oblige à apprendre le chinois.

Ceux qui le font, le font moins pour la recherche que par politesse, ou pour essayer de s'intégrer un peu dans leur nouvel environnement administratif comme l'explique Marie-Luce Chevalier, professeur à l'Institut de Géologie de l'Académie chinoise des Sciences Géologiques.

“Je suis la seule étrangère dans toute l'Académie des Sciences Géologiques et le niveau d'anglais de mes collègues, comme je vous le disais, n'est pas super. Donc, ça facilite beaucoup la vie de parler (et lire et écrire) chinois. Tous les emails de l'institut sont en chinois, et le staff ne parle pas du tout anglais. Ça me laisse donc mon indépendance de parler chinois, de ne pas avoir a tout le temps demander de l'aide pour tout, comme c'était le cas a mon arrivée.”

Dre Chevalier dit parfois parcourir les résumés et les données de papiers en chinois et de demander à un étudiant de lui faire une traduction si ça semble intéressant. Mais jusqu'à présent, rien qui ne justifierait l'effort de faire l'effort de parcourir de façon systématique la littérature scientifique chinoise.

“Je lis le chinois, mais ça me prendrait trop de temps et d'énergie de lire tout un article scientifique, surtout que je sais d'avance que ce sera moyen. Mon chinois scientifique est quand même bien limité !”

De toute façon, pas besoin d'être fluent pour juger la qualité d'un papier en sciences dures, ajoute Jose C. Pastor-Pareja de l'Université de Tsinghua à Pékin. “Les expériences sont documentées graphiquement. La plupart du temps, on peut juger de la qualité des données présentées sans aucune connaissance du chinois.”

C'est suffisant, selon lui, pour se convaincre qu'il n'y a pas de danger à l'ignorer.

Daderot sur Wikipédia

Guanxi

Le consensus est que le problème principal de la science chinoise n’est pas la langue, mais la faiblesse de l’appareil de validation et de révision des résultats.

La méthode scientifique est somme toute assez simple : un chercheur qui a obtenu des résultats intéressants rédige un article dans lequel il décrit en détail le protocole qu’il a utilisé pour les obtenir. Un papier bien rédigé doit permettre à n’importe quel chercheur de reproduire l’expérience par lui-même pour valider les résultats. Une publication scientifique réputée soumet les articles à un ou des pairs – des collègues compétents dans la discipline de l’auteur qui, sans nécessairement reprendre l’expérience, valident la méthode et les résultats – avant de le publier.

Cette démarche est encore relativement récente en Chine et elle peut être source de malaise dans une culture basée sur les contacts, l’influence et la réciprocité, le concept qu’on nomme le guanxi.

Les Chinois le savent, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils tiennent placer un maximum d’étrangers dans les facultés, explique Olaf Wiest : “Être un outsider moins influencé par le guanxi fait parti de mon rôle. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles plusieurs comités de révision et de consultation dans les grandes institutions ont beaucoup de membres occidentaux.”

S’il n’y a que quelques centaines de périodiques scientifiques chinois en anglais, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas assez d’éditeurs compétents dans la langue pour en publier plus, croit le Dr Pastor-Pareja.

L’éducation supérieure mondiale est engagée dans un processus de mondialisation qui ne peut faire autrement que de tout angliciser sur son passage.

Pour se financer, les universités ont besoin de recruter des étudiants internationaux ; pour recruter des étudiants internationaux, elles ont besoin de se positionner dans les grands classements des universités internationales ; pour se classer, elles ont besoin de recruter des étudiants et des chercheurs étrangers…

…et de publier de la recherche qui est citée dans les périodiques scientifiques à facteur d’impact élevé ; et pour être cité il faut être lu, et pour être lu il faut être cité…

…et à la fin, il n’y a plus aucune motivation pour un chercheur ou son alma mater de publier dans une autre langue que celle qui est déjà la plus utilisée.

C’est un fait auquel les Chinois sont parfaitement résignés, selon le prof Pastor-Pareja.

“Alors que le nationalisme se manifeste de plusieurs façons en Chine, le chauvinisme linguistique n'est pas l'une d'elles. Les chercheurs chinois acceptent totalement que l'anglais est un outil nécessaire pour communiquer leurs résultats et idées au plus grand auditoire possible.”

Whoisgalt sur Wikipédia

Le vieux Romain

Dans son livre Empires of the Word, A Language History of the World, Nicholas Ostler raconte que les Romains, eux aussi, même au sommet de leur gloire, "were unsentimental about their own language1,” et qu’ils étaient parfaitement heureux, dans un premier temps, de faire de la philosophie en grec.

C’est seulement 1000 ans après la chute de Rome que le latin devient la langue universelle de la science. 2 On se souvient d’un règne quasi éternel, mais dans les faits, le latin ne sera dominant qu’à peu près 300 ans. Ironiquement c’est un Anglais, Sir Isaac Newton, qui est le dernier à se résigner au déclin du latin quand il écrit son Pricipiae en 1687, la dernière œuvre scientifique importante à être publiée dans cette langue. 1

L’invention de l’imprimerie va un peu contre-intuitivement accélérer la désintégration du consensus linguistique et multiplier le nombre de langues utilisées par les savants d’Occident. Éventuellement, la situation va se stabiliser autour de trois langues : l’anglais, le français et l’allemand. C'est celle qui va perdurer jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui précipite tout ce qui est allemand dans l’infamie et ébranle sérieusement le prestige de la France.

Tout aussi contre-intuitivement, c’est le bref défi de la science soviétique qui force les Américains à entreprendre une vaste opération de traduction qui va consacrer la dominance de l’anglais, explique Micheal Gordin dans Scientific Babel : How Science Was Done Before and After Global English:

“Si vous étiez un chercheur au Pakistan, ou en Italie, ou au Brésil, vous deviez suivre aussi bien la science américaine que la soviétique. Au lieu d'apprendre deux langues, les Américains vous ont permis de vous débrouiller entièrement en anglais, et la langue est devenue de plus en plus courante comme langue par défaut de la science – non pas à la place de suivre la science soviétique, mais comme moyen de suivre la science soviétique.”2

C’est ce qu’on fait les Chinois. Comme les Romains, les Chinois ont préféré continuer à construire sur la fondation en anglais que de recommencer un nouvel édifice à côté.

Pour l’instant. Comme l’exemple du latin le démontre, une langue universelle de la science peut très bien disparaitre.

Contrairement au latin qui n’était que le patois d’une ville de conquérant particulièrement heureux, le chinois est déjà une langue scientifique qui a une longue tradition et un corpus important de recherche accumulée. C’est un patrimoine un peu poussiéreux, on ne va pas se le cacher, mais pas sans valeur. Au contraire.

C’est dans un texte en chinois du 4e siècle, Manuel de Prescription pour les Traitements d’Urgence de Ge Hong, que le Dr Tu Youyou a découvert la méthode d’extraction de l’artémisinine, la substance antipaludique qui lui a mérité le premier prix Nobel scientifique chinois.

Rudolf Simon

Les laisser crever dans leurs diarrhées

Quand l'Organisation mondiale de la Santé a annoncé en 2001 que les thérapies à base d'artémisinine étaient “le plus grand espoir mondial contre le paludisme”, peu de gens savaient a qui l'ont devait la découverte pourtant si importante.

Parce qu'on s'entend, ce n'est pas qu'un autre médicament. L'artémisinine a permis de réduire les taux de morbidité et de mortalité de la malaria de 70 %.

On savait que ça venait de la Chine, mais les articles en chinois publiés à partir de 1977 et le premier texte en anglais sur le sujet, publié 1979 dans le Chinese Medical Journal, n’avaient pas d’auteur. Celui de 1982 publié dans The Lancet ne nommait pas le Dr Tu.

La question intrigue les Drs Louis H. Miller et Su Xinzhuan, deux chercheurs du National Institute of Health américain qui profitent d'une conférence à Shanghai en 2007 pour poser des questions à leurs collègues chinois. Ils sont étonnés de constater que là-bas non plus on ne sait pas.

C'est seulement en fouillant dans les archives médicales chinoises du temps de la Révolution culturelle que les chercheurs ont pu retrouver le nom de celle qui a fait la découverte dans le cadre d'une mystérieuse guerre secrète contre la malaria surnommée Projet 523.

Le Projet 523 a été mis sur pied dans les années 60 par Mao Zedong, inquiet de voir ses protégés nord-vietnamiens ralentis par la malaria dans leur combat contre les Américains. Pour leur redonner l'avantage, Mao a conscrit 500 chercheurs et 60 laboratoires qui ont entrepris de tester toutes les substances antipaludiques potentielles et hypothétiques.

L'une d'elles, la jeune Dre Tu Youyou, cherche des pistes dans les vieux grimoires de la médecine traditionnelle chinoise. Dans Manuel de Prescription pour les Traitements d’Urgence de Ge Hong, elle trouve une nouvelle méthode d’extraction de l’armoise annuelle, une substance déjà connue, mais plus ou moins fiable.

C’est la clé qui lui permet d’isoler l’artémisinine et de la transformer en médicament efficace contre la malaria.

On répète souvent qu'une langue scientifique unique facilite la circulation de l'information et accélère le rythme de la découverte. Pourtant, si le Dr Tu n’avait pas su lire les vieux textes médicaux en chinois classique (ce que la plupart des ses collègues chinois n'auraient pas pu faire, sois dit en passant), nous n’aurions peut-être pas encore trouvé un moyen efficace d’isoler l’artémisinine.

Et si le Dr Su du NIH n’avait pas su lire le chinois, lui et son collègue Miller n’auraient pas pu identifier le Dr Tu, et la Chine n’aurait toujours pas reçu son prix Nobel tant désiré.

“La langue est importante dans notre travail, bien entendu,” reconnaît le Dr Miller. “C'est seulement parce que Su Xinzhuan était capable de lire les documents chinois que nous avons pu résoudre le mystère.”

Aujourd’hui la Chine est engagée dans plusieurs projets scientifiques ambitieux — comme la production d’une part significative de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2020 — et prestigieux — comme l’exploration spatiale. Ce sont des programmes importants, dans des domaines dans lesquels la Chine veut être reconnue comme un leader.

Mais la science a aussi un côté obscur.

Les Américains accusent régulièrement les Chinois de voler des technologies propriétaires aux entreprises américaines. Les Chinois nient tout, comme de raison. Mais si on admet, pour ne pas être parfaitement naïf, que ce genre de chose existe et que les industries stratégiques des grandes puissances s’espionnent entre elles, avec ou sans l’aide de leurs gouvernements, pourquoi est-ce que la Chine irait faciliter le travail de ses rivaux en publiant sa recherche en technologies militaires ou énergétiques en anglais ?

L’objectif du projet 523 était d’offrir aux Viet Congs une arme contre la malaria et de laisser les G.I. crever avec leurs fièvres et diarrhées. Le Projet 523 a été tenu secret par exprès.

C'est dégueulasse, mais pas étonnant. L'information a toujours été une arme. Comme l'explique Micheal Gordin dans Scientific Babel 2, l'origine de la technologie de Google Translate est un programme financé par la CIA pour traduire la littérature scientifique soviétique.

Ce qui est étonnant c'est le manque de curiosité de l'Occident pour le contenu des 10 000 périodiques scientifiques chinois. Au pire, on pourrait y trouver le papier d'un préposé aux bureau des brevets de Pékin qui va changer notre compréhension de l'espace et du temps.


  1. Nicholas Ostler, Empires of the Word: A Language History of the World (HarperCollins UK, 2010). 
  2. Gordin, Michael D. Scientific Babel: How Science Was Done Before and After Global English. University of Chicago Press, 2015.