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English Proficiency Index 2015 : L'anglais paye! (ou pas.)

Les anglophiles gagnent plus d’argent que les anglophobes. Les pays non anglophones dont les habitants parlent le mieux l’anglais ont moins de chômage chez les jeunes, plus d’investissements en recherche et développement et des exportations de produits de haute technologie plus importantes.

Ces pays sont aussi ceux où les investisseurs internationaux considèrent que c’est le plus facile de faire des affaires et ont généralement une meilleure qualité de vie.

C’est ce que laissent entendre les résultats de l’English Proficiency Index 2015, le classement global des compétences en anglais des pays non anglophones publié au début de novembre par EF Education First, une multinationale de l’enseignement des langues basée à Lucerne en Suisse.

Selon EF, les compétences en anglais auraient une corrélation positive avec le revenu national brut par habitant, le taux de chômage des jeunes, l’Indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement et l’Indice de la facilité de faire des affaires de la Banque mondiale.

« Meilleur niveau en anglais, rémunération plus élevée, peut-on lire sur le site web de l’index. Notre recherche montre une corrélation positive entre le niveau d’anglais et celui des revenus et de la qualité de vie.»

De très mauvaises nouvelles pour la France (les Français sont les plus mauvais en anglais de toute l’Union européenne) et le Maghreb (les compétences en anglais de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont les plus faibles au monde.)

Une méthodologie approximative

… ou plutôt, des 70 pays répertoriés, faudrait-il préciser.

Il y a des grands trous dans l’EPI. Aucun pays de l’Afrique subsaharienne n’est classé, par exemple.

[caption id="attachment_78" align="alignnone" width="546"]Anglais et Revenu en Afrique RNB par habitant des 10 pays d'Afrique subsaharienne avec la plus grande population sachant parler anglais. (source Wikipédia et Banque Mondiale)[/caption]

 

On peut se demander si la corrélation entre l’anglais et le Revenu national brut par habitant tiendrait encore si on avait compté le Nigéria, le Ghana, le Kenya, Le Cameroun, le Sierra Leone, la Tanzanie et le Libéria ; des anciennes colonies britanniques où l’usage généralisé de l’anglais comme langue seconde ou même maternelle tarde à attirer les investissements en recherche et développement.

De l’avis même d’EF Education First, l’English Proficiency Index repose sur une méthodologie approximative. Les résultats ont été colligés à partir des résultats pas du tout scientifiques de 910 000 candidats qui ont volontairement passé les tests d’anglais d’EF en 2014.

« Seules les personnes désireuses d’apprendre l’anglais ou souhaitant connaître leur niveau d’anglais ont participé à l’un de ces tests, » reconnait la compagnie. Par conséquent, les résultats sont « biaisé [s] en faveur des participants uniquement intéressés par une étude active de la langue. »

Les chercheurs reconnaissent qu’il y a des données aberrantes dans leurs résultats, comme les scores de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud, trois superpuissances de la technologie et de l’innovation où l’anglais est faible ou moyen.

Contrairement à un mythe tenace, il n’y a pas plus de corrélation entre les compétences en anglais des jeunes et leurs résultats en maths et en science. La Chine, la Corée, le Japon (et le Québec, don’t forget !), des pays qui ont choisi de ne pas enseigner la science dans la « langue de la science », dominent le classement de l’OCDE dans ces matières.

On peut aussi remarquer que quatre des cinq plus grandes économies d’Europe (excluant le Royaume-Uni) se classent sous la moyenne européenne. Comme quoi l’anglais est peut-être payant pour les habitants de petits pays, mais beaucoup moins important pour ceux qui habitent dans ceux qui ont une grande économie intérieure.

Corrélation n’égale pas causation

Internet et les médias ne peuvent pas résister à un classement et les résultats de l’EPI 2015 circulent déjà librement.

Mais en interprétant les résultats de l’index, il est prudent de ne jamais oublier qu’une corrélation n’est pas la même chose qu’une causation. Minh Tran, le directeur de la recherche et des partenariats et le coauteur de l’English Proficiency Index lui-même nous met en garde dans un retweet du 22 avril 2015 qui « prouve » que les pays qui mangent beaucoup de chocolat gagnent plus de prix Nobels.