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Le Ghana abandonne l'enseignement en anglais

Le Ghana s’apprête abandonner l’anglais comme langue d’enseignement dans les écoles et à le remplacer par la langue maternelle des étudiants.

C’est ce qu’a laissé entendre la ministre Jane Opoku Agyemang Naana le 16 octobre dernier dans le cadre d’un forum sur l’élimination de la pauvreté à l’Université du Ghana à Accra.

À l’heure actuelle les écoliers ghanéens étudient dans l’une de 9 langues régionales, ou en anglais, pour les trois premières années du primaire. À partir de la 4e, tous les enfants étudient en anglais.

Assise à la droite du président du Groupe Banque mondiale, le Sud-Coréen Jim Yong Kim, la ministre a affirmé que l’utilisation de l’anglais pour enseigner des matières comme les mathématiques nuisait à l’éducation des enfants du Ghana.

« J’ai entendu le Dr Kim comparer l’Afrique de 2015 à la Corée. Rien n’a empêché la Corée d’utiliser sa langue. L’utilisation de sa langue ne l’a pas empêché de fabriquer les véhicules, les télévisions et les téléphones que nous importons. Parce que les Coréens ont été éduqués dans une langue qu’ils comprenaient, l’éducation a décollé. Parce que nous enseignons à nos enfants dans une langue qu’ils ne peuvent même pas suivre, nous les retenons. »

Le Ghana a une très longue tradition d’enseignement en anglais qui remonte aux écoles missionnaires du 15e siècle - sois d’avant l’anglicisation de l’Irlande. Après l’indépendance les dirigeants du pays ont choisi de conserver un système d’éducation entièrement en anglais. La politique actuelle, dans les grandes lignes, date de 1974.

Quand tu allais, on revenait...

Ailleurs dans le monde on a plutôt l’impression que la tendance est inverse et que la mode est à l’adoption de l’anglais comme langue d’enseignement principale de toutes les matières scolaires qui est à la mode.

Et c’est sans parler des universités où l’adoption de l’anglais comme principale langue d’enseignement progresse encore plus rapidement.

La vérité est que c'est très difficile d’avoir une vue d’ensemble de la situation quand on considère la galaxie de juridictions nationales, régionales et locales qui gèrent l’éducation publique mondiale - et c’est sans parler de l’univers parallèle du privé.

« Oui je dirais que la tendance est toujours vers l’EMI (English Medium Education), mais certains pays reviennent sur leur pas pour différentes raisons », estime Julie Dearden, chercheur principal au Centre pour la Recherche et le Développement de l’Anglais comme Langue d’Instruction de l’Université Oxford et auteure de English as a medium of instruction - a growing global phenomena, un rapport sur la question réalisé pour le compte du British Council en 2014.

« J’ai peur d’avoir plus de questions que de réponses pour vous. »

Dans la dernière année, nous avons entendu le ministre en Chef de l’état indien du Telangana, K. Chandrasekhar Rao, promettre d’implanter l’enseignement en anglais obligatoire dans toutes les écoles gouvernementales de l’état d’ici un an. L’adoption de l’anglais comme langue officielle dans l’État malaisien de Sarawak, sur l’île de Bornéo, a réveillé le débat sur l’adoption de l’anglais comme principale langue d’enseignement de la science et des maths dans toutes les écoles de la Malaisie. En janvier 2015, le Conseil Suprême de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique du Maroc a proposé le remplacement du français par l’anglais dans les écoles du Royaume.

Les grandes institutions internationales comme l’UNESCO et la Banque Mondiale préconisent encore - officiellement - l’enseignement dans la langue maternelle des étudiants, mais les gouvernements doivent gérer les attentes des parents terrifiés de voir leurs enfants marginalisés économiquement s’ils ne font pas toutes leurs études dans la langue de la science, du commerce et de l’internet.

L’anglais pour le peuple ! est devenu une promesse populiste payante. Promettre l’éducation publique en anglais est un genre de raccourcis qui revient à promettre aux déshérités tous les privilèges des élites qui ont étudié dans des American School privées et dans des universités à l’étranger.

Cela dit, l’efficacité de l’éducation en anglais, et même sur son utilité comme moyen d’apprendre l’anglais en tant que tel, ne fait pas consensus.

Plus tôt cette année, la Tanzanie, à l’instar du Ghana, est elle aussi revenue à l’enseignement dans la langue locale après une décennie d’expérimentation avec l’enseignement en anglais.

Les pays en voie de développement qui adoptent l'anglais comme langue d'enseignement peuvent compter sur la disponibilité de manuels et de matériel pédagogique à bon marché et de l'aide des pays riches qui se servent de l'éducation pour cultiver des liens économiques avec ces pays.

"Les organisation caritatives étrangères, USAID, DIFD, le British Council, sont très impliqués dans notre système éducatif", explique Gladys Nyarko Ansah du département d'anglais de l'Université du Ghana. "Bien entendu, ces pays en profitent et leurs représentants au Ghana vont faire n'importe quoi, directement ou indirectement, pour assurer la continuité."

D'un autre côté, plusieurs pays qui voudraient passer à l'éducation en anglais n'ont tout simplement pas les enseignants qualifiés pour le faire.

Fait amusant:  parmi les 55 pays étudiés par le Dr Dearden pour le compte du British Council, le seul et unique où les intervenants étaient d'avis qu'il y avait assez d'enseignants qualifiés pour assurer une éducation en anglais de qualité était le...  Ghana.